Une moto, deux voyageurs et un ravin

C’était le 6 juin 2015, notre deuxième journée sur la route. Je vous conte la première rapidement : récemment arrivés à Huánuco, tous fébriles, après avoir pris possession de notre moto, dégusté ce qui s’avérera être le meilleur gâteau « 3 leches » de tout le voyage (lait condensé, lait évaporé et crème – DÉCADENT) et profité d’une bonne nuit de sommeil, nous prenons la route à 7 :45 en direction Huancayo, sur la 3N.

Nous remarquons rapidement que la moto que nous avons achetée n’est pas très puissante. Avec ses 250cc, nous deux et nos bagages, elle ne tire pas plus de 70 km/h. Ce qui à la base n’est pas une mauvaise chose : on en profite pour voir le paysage et on (Nino) s’habitue à la conduite. Après quelques jours c’est devenu long, mais je vous conterai comment on a trouvé une solution plusieurs milliers de kilomètres plus loin, quand la moto a décidé un bon matin qu’elle ne voulait juste plus avancer.

Angie fut notre meilleure amie pendant 40 jours et, comme dans toute bonne amitié, parfois on s’haït aussi.

Notre moto a eu plusieurs noms. D’abord Angelosa, idée de ma nièce espagnole. Nous, on lui avait donné un nom un peu plus frivole, qu’on va résumer à son initiale « F. » Angie fut notre meilleure amie pendant 40 jours et, comme dans toute bonne amitié, parfois on s’haït aussi. Ce fut le cas, mais heureusement pas trop souvent. Elle m’a même manquée à la fin. La liberté qu’elle nous procurait. Ce qui ne me manquait pas, c’était la douleur aux fesses et au bas du dos.

Toby, un expatrié américain vivant au Pérou, nous a vendu la moto, nous a aidés avec la paperasse, et nous a racheté la moto à la fin du périple. Sans lui, le voyage aurait été pas mal plus compliqué alors, THANKS TOBY! À pied ça aurait été pas mal plus long.

La deuxième journée de route, donc, un froid glacial nous réveille, quelle belle journée ce sera, pense-t-on, heureusement qu’on est bien habillés. On va un peu comme des gitans : on n’a pas de suit de moto, juste 12 millions de couches comme des petits oignons, pas de vraies valises, mais des sacs à dos du Decathlon attachés avec des sangles. La seule bonne affaire qu’on a, c’est nos casques – là-dessus j’ai pas voulu niaiser. Et maintenant quand on prend la moto à la maison j’ai toujours une petite pensée pour mon casque (ce serait difficile de l’oublier avec la grosse scratch dans la visière que j’ai fait en échappant bêtement mon casque en prenant une photo dans le Canyon del Colca).

On prend la route, il est tôt et apparemment il y a du trafic à Huancayo. Sur l’avenida Ferrocarril (chemin de fer), nos deux roues se coincent dans, vous l’aurez deviné, les rails du chemin de fer, une manœuvre un peu nounoune, on est restés pris et boum à terre, on a basculé sur le côté droit. Évidemment au Pérou les chemins de fer ne passent pas perpendiculairement dans la route alors, voilà. Heureusement on ne s’est pas fait mal (le sac à dos du Decathlon attaché avec des sangles a agi de coussin, sinon la moto aurait pu écraser ma jambe) Mais j’ai eu un peu peur. Ça m’a juste shakée un peu disons.

Après avoir repris mon calme, je remonte sur Angie et nous voilà repartis en direction d’Ayacucho. Ce qu’on ne savait pas, c’est que la route cette journée-là allait être LA PIRE de tout le voyage. Magnifique. Mais dangereuse. Honnêtement j’ai pensé à la mort chaque fois qu’on prenait un virage serré vers la gauche, sans savoir si un 10 roues venait en direction opposée, dans la voie unique, pas protégée par une garde, un ravin à ma droite. Scary.

Je laisse la vidéo parler d’elle-même, ça vous donnera une idée. (Après, vous ne me croirez pas, mais toutes les autres routes du Pérou et de la Bolivie qu’on a empruntées étaient récemment asphaltées et très sécuritaires – plus qu’au Québec. Juré.)

Huancayo-Ayacucho (Pérou)
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The author

Jeune expatriée canadienne vivant en Espagne, je raconte ici mes voyages, surtout dans le but de ne pas les oublier. Traductrice et rédactrice affamée.

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